JOURNÉE du PATRIMOINE PROTESTANT à L’ILE SAINTE-MARGUERITE

dimanche 16 septembre 2007

 
 

MÉDITATION  DU  PROFESSEUR  PAOLO RICCA

à partir du récit de Genèse 28, 10-19a où Jacob est visité par Dieu à travers la vision de l’échelle reliant la terre et le ciel

  

Il s’agit d’un rêve, mais pas seulement d’un rêve, car après avoir rêvé,  « Jacob s’éveilla de son sommeil » (v.16), et après s’être réveillé, il ne dit pas comme nous l’aurions dit nous :  « c’était seulement un rêve, revenons à la réalité », mais au contraire il dit : « Certainement l’Eternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas ! » (v.16). Jacob rêve, il rêve même de Dieu, mais il déclare aussitôt que Dieu n’est pas un rêve. Le rêve a une fin, mais Dieu non ; le rêve disparaît, mais Dieu ne disparaît pas ; tout au contraire il apparaît, il est là bien présent : « Certainement l’Eternel est en ce lieu, et je ne le savais pas ! ». Dieu n’est pas un rêve, mais il envoie des rêves, il nous fait rêver. Il fait rêver l’humanité. On pourrait écrire l’histoire de l’humanité comme l’histoire de ses rêves. Il n’y a pas besoin d’être Martin Luther King pour rêver. Derrière tout projet, toute espérance, tout renouveau, toute révolution, il y a un rêve. « Le loup habitera avec l’agneau et la panthère se couchera avec le chevreau. Le veau, le lionceau et le bétail qu’on engraisse seront ensemble et un petit enfant les conduira » (Esaïe 11,6) Quel rêve ! Liberté, égalité, fraternité ! Paix, justice, sauvegarde de la création ! Quels rêves  ! Une humanité non violente qui de ses glaives forge des hoyaux et de ses lances des serpes (Esaïe 2,4). Quel rêve ! Les rêves sont le berceau d’un monde nouveau. L’humanité rêve, la foi aussi rêve. Dieu fait rêver les croyants; « Quand l’Eternel ramena les captifs de Sion,  nous étions comme ceux qui font un rêve » (Psaume 126,1). Les chrétiens des premiers temps rêvaient en voyant que le Seigneur ajoutait chaque jour de nombreux nouveaux croyants à la communauté. Les chrétiens du IVe siècle rêvaient quand Constantin leur a octroyé la liberté de culte. Les Vaudois et les Franciscains ont rêvé quand ils ont pratiqué la « vie apostolique ». Les réformateurs ont rêvé quand ils ont cru que la lecture de l’Evangile  suffirait à réformer l’Eglise toute entière. Le mouvement oecuménique aussi est un rêve : le rêve de pouvoir harmoniser unité et diversité, Eglise locale et Eglise universelle.

Celui qui croit, rêve. Dieu n’est pas un rêve, mais il fait rêver. Connaître Dieu veut dire commencer à rêver. Quel est le rêve de votre foi ? J’espère que vous n’avez pas cessé de rêver. Qui cesse de rêver cesse de croire. Je vais vous révéler un secret : il faut rêver pour croire, il faut croire pour rêver.  Certes, nous le savons, tous les rêves ne sont pas des rêves d’amour, de foi et d’espérance. Il y a aussi les rêves de la convoitise, de l’égoïsme, de la vanité. Ne nous lassons pas de rêver les rêves de la foi, de l’amour, de l’espérance. Il y en a tellement dans la Bible et l’histoire humaine et chrétienne. . Ne nous lassons pas de rêver les rêves des autres, les rêves des pauvres, des  laissés-pour-compte, des immigrés. Avez-vous jamais essayé de rêver les rêves des immigrés ? Essayez de le faire une fois.  Et les pasteurs enfermés à vie dans la prison du Fort Royal  de Sainte-Marguerite , quels étaient leurs rêves ? Ils devaient en avoir de nombreux, et ces rêves les ont probablement consolés,  car ils ont découvert, comme Jacob, que « certainement l’Eternel était en ce lieu », dans ce fort, et eux ne le savaient pas... Grâce à leurs rêves, ils ont pu nommer ce fort « Béthel », c’est-à-dire la Maison de Dieu, car Dieu était là, avec eux. «  « Je suis avec toi » dit Dieu à Jacob dans le rêve, et Jacob s’éveille et il dit : « Certainement, l’Eternel était en ce lieu ». Le Dieu rêvé n’était pas un rêve, il était là , il était là dans le Fort Royal , il est là avec toutes les victimes de la violence  et de l’intolérance.

Rêvons donc les rêves des victimes, les rêves des hommes et des femmes emprisonnés, comme les six pasteurs de Sainte-Marguerite, à cause de leur foi ou de leurs convictions, pour qu’ils puissent découvrir que Dieu n’est pas uniquement  dans le « ciel » , mais aussi sur la terre, qu’il est là où on ne soupçonnerait pas qu’il fût - au Fort Royal par exemple, dans les innombrables prisons du monde, pour qu’ils puissent dire avec Jacob : « L’Eternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas ! ». Mais maintenant je le sais, et cela me suffit.

Amen

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